Les usuriers des pauvres!

Hakim Ben Hammouda

On pensait que la question de la dette était réglée depuis la décision du Sommet du G8 en 2005 d'annuler la dette de certains pays fortement endettés. Certes il y a eu des avancées significatives à ce niveau et les pays en développement insistent sur l'importance de généraliser ces initiatives pour l'ensemble du monde en développement. Mais en dépit de ses efforts et de ses initiatives, les pays du Sud restent confrontés à des difficultés héritées de l'histoire fortement controversée de la dette. Parmi ces difficultés il faut mentionner aujourd'hui le rôle ravageur joué par certains fonds d'investissements sur les marchés de la dette.

Ces fonds d'investissement achètent sur les marchés secondaires de la dette des créances des pays ayant fait défaut à bas prix et les poursuivent ensuite devant les tribunaux pour exiger le paiement de l'intégralité de la créance en y rajoutant les frais de justice. Ces poursuites se font la plupart du temps devant les juridictions anglo-saxonnes connues pour leur sévérité sur les questions de défaut de paiement. En cas d'insolvabilité des pays en question, les juridictions peuvent aller jusqu'à autoriser la saisi des biens mobiliers ou immobiliers voire même certaines livraisons de matières premières au profit des ces fonds prédateurs.

Ces fonds s'attaquent d'habitude à des pays pauvres et qui n'ont pas les moyens de régler leurs dettes et qui ne disposent pas des compétences juridiques nécessaires afin de faire échec à leurs manouvres. Ainsi, les pays d'Amérique Centrale et d'Afrique sont des proies faciles pour ces rapaces. On estime par exemple que 26 procès sur les 44 intentés ces dernières années à des pays pauvres ont été remportés par les fonds d'investissement ce qui leur a assuré des revenus juteux. Ainsi, ils ont pu récupérer une créance globale de 1 milliard de dollars sur des pays comme le Nicaragua, la Zambie, la République Démocratique du Congo, le Cameroun et le Congo. Les opérations réalisées par ces fonds ses dernières années ont choqué plus d'un. Ainsi, par exemple un fonds ayant pignon sur rue demande aujourd'hui au Congo devant la justice américaine de lui payer 300 millions de dollars contre une créance qu'il n'a payé que 1,8 million de dollars. Par ailleurs, la justice britannique vient d'ordonner à la Zambie le paiement à un fonds d'investissement près de 17 millions de dollars pour une créance qui lui a coûté moins de 4 millions de dollars.

Ces attitudes et ces opérations ont été à l'origine d'une levée des boucliers au moment où la communauté internationale cherche une porte de sortie à la question de la dette. Ainsi, plusieurs ONG et personnalités de premier plan, dont le révérend Jesse Jackson, se sont fortement mobilisés et ont organisé d'importantes campagnes contre les agissements spéculatifs de ces fonds. Cette mobilisation a touché également les politiques et la chancelière allemande Angela Merkel n'a pas hésité à qualifier ses pratiques d'immorales et les a inscrit à l'ordre du jour du dernier sommet du G8 à Heiligendamm sans parvenir à convaincre les autres membres de ce directoire de prendre de décisions fermes.

Mais, d'ores et déjà certains institutions internationales ont cherché à mettre en place des mécanismes afin de faire face à ces pratiques. Ainsi, le FMI par exemple a imaginé un mécanisme désigné sous le nom de Mécanisme de restructuration de la dette souveraine qui en déclarant l'insolvabilité des pays permet de mieux les protéger. Par ailleurs, le Club de Paris a entrepris un travail de réflexion afin de développer des mécanismes capables de faire face à ces pratiques. Cependant, ces différentes initiatives se heurtent à l'opposition ferme de certains qui défendent bec et ongles le droit des créanciers.

Plus que jamais aujourd'hui les conditions faciles d'acquisition des dettes ont ouvert la porte aux usuriers des temps modernes qui renferment encore davantage les pays pauvres dans le cercle vicieux de la pauvreté et de la misère. Une extension des initiatives d'annulation de la dette, comme le suggèrent les pays du Sud, réduiraient à ne pas en douter la marge de manouvre de ces rapaces !

 

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