Quel avenir pour le FMI et la Banque mondiale?

Hakim Ben Hammouda.

Cette question qui était, il y a quelques années, dans les discussions des militants des ONG et de la cause anti-globalisation, est désormais à l'ordre du jour pour les responsables de ces honorables institutions. Ceux qui ont fait le voyage à Singapour il y a quelques mois pour assister aux premières Assemblées annuelles organisées par les deux sours de Washington en Asie après la grave crise de 1997 se sont rendus à l'évidence que la question de l'avenir de ces deux institutions était d'actualité. Par ailleurs, il y a fort à parier que les réunions du printemps qui auront lieu d'ici peu se pencheront avec plus d'acuité sur cette question. Il faut dire que la situation est préoccupante et exige des réponses rapides afin de voir plus clair sur l'avenir de ces deux institutions.

Les institutions de la société civile n'avaient cessé de poser la question de l'utilité de la Banque et du Fonds et les avaient accusées de tous les maux dont souffraient les pays en développement. Il faut dire que la crise de la dette au début des années 80 du siècle dernier a été à l'origine d'une implication plus grande de ces deux institutions dans la gestion des questions du développement au point qu'on a appelé le programme de réformes appliquées par les pays endettés dans le cadre des Programmes d'Ajustement Structurel, le consensus de Washington. Ces deux institutions devenaient alors des acteurs majeurs et occupaient une place centrale dans la gestion de la crise de la dette. Elles seront en charge de la mise en ouvre des programmes de libéralisation des économies des pays en développement et de leur plus grande ouverture sur les marchés internationaux. C'était le temps de leur splendeur, temps où elles avaient institutionnalisé la stabilisation et la gestion des grandes variables macroéconomiques comme le dogme des politiques économiques. C'était aussi la misère pour le développement et les populations des pays en développement qui subissaient les effets des réformes libérales et plongeaient dans la pauvreté et l'exclusion. C'est de ces temps d'arrogance et de misère que date la contestation par la société civile du rôle joué par les deux sours de Washington dans le développement. Or, ni les échecs ni la crise du développement ni l'explosion de la pauvreté et encore moins la contestation de la société civile internationale n'ont réussi à remettre en cause le FMI et la Banque mondiale. Certes, ces deux institutions ont été emmenées à revoir leurs priorités et à accorder une place de choix à la lutte contre la pauvreté et à l'exclusion. Par ailleurs, les nouveaux dirigeants les ont invitées à une plus grande humilité et modestie. Ainsi, les deux sours de Washington ont réussi à garder leur place et à continuer à jouer un rôle important dans la réflexion et dans la définition des politiques et des stratégies de développement.

Or, l'environnement international a aujourd'hui beaucoup changé et explique les questionnements sur l'avenir de ces institutions. En effet, le renforcement de la globalisation financière qui s'est traduite par une plus grande ouverture des marchés financiers et surtout par un plus grand accès des pays en développement est à l'origine de la marginalisation du Fonds et de la Banque. Par ailleurs, les faibles taux d'intérêt sur ces marchés ont encouragé les pays en développement à les privilégier dans la mobilisation de capitaux. Par conséquent, ces pays qui n'avaient qu'un seul recours par le passé pour emprunter de l'argent et qui étaient dans l'obligation de faire le voyage de Washington pour pouvoir financer leurs projets peuvent aujourd'hui recourir à d'autres sources de financement. Ce recours est d'autant plus intéressant qu'il est moins coûteux pour ces pays. Rappelez-vous que ces institutions n'accordaient leurs prêts qu'à condition que les pays appliquent des politiques avec lesquelles ils n'étaient toujours pas d'accord ! Au contraire les marchés internationaux de capitaux se refusent de tout interventionnisme dans les politiques des pays pourvu que les engagements qu'ils prennent soient respectés ! Qui l'aurait cru il y a quelques années ? La Banque et le Fonds qui ont été les plus grands défenseurs de la globalisation sont aujourd'hui les victimes de cette globalisation qui les a privés de leurs clients habituels !

Mais cette situation n'est pas propre aux deux sours de Washington et concerne toutes les institutions multilatérales de financement dont les Banques régionales comme la Banque africaine de développement ou des institutions comme l'Agence française de développement. En effet, ces institutions accordent différents types de financement dont les dons, les prêts concessionnels et les prêts de nature commerciale. Or, ce sont les prêts commerciaux accordés aux pays émergents qui procurent les revenus des banques et servent à financer les autres activités de ces institutions comme les dons accordés pour les pays pauvres. Mais, le désistement des pays intermédiaires et leur recours sur les marchés financiers signifie une baisse des ressources des banques de développement. Ainsi, par exemple, le Fonds a vu ses bénéfices baisser en 2006 pour se situer à hauteur de 130 millions de $ au lieu des 220 millions prévus. Par ailleurs, il s'attend à un déficit en 2007 qui monterait à hauteur de 70 millions de $. Ce déficit ne sera pas sans conséquence sur les dons et les prêts concessionnels du Fonds et surtout sur ses coûts de fonctionnements. Ainsi, une situation intéressante semble s'ouvrir de nos jours où les banques de développement cherchent à attirer des pays intermédiaires afin de pouvoir financer leurs activités concessionnelles. Qui l'aurait cru il y a quelques années ? Qui aurait pu penser que les institutions de Bretton Woods seraient désespérément à la recherche de clients ?

Mais, au-delà des difficultés des banques, cette situation nouvelle pose des défis majeurs pour les pays pauvres qui ne peuvent accéder aux marchés internationaux de capitaux et exige une plus grande mobilisation en leur faveur afin de les aider à atteindre les objectifs du développement pour le Millénaire.

 

Copyright ©2007