Le nationalisme économique est de retour !

Hakim Ben Hammouda

On nous a expliqué depuis plus d'une décennie que les frontières économiques étaient dépassées sous les coups de boutoir de la globalisation. On nous a répété à longueur de journée qu'on avait enfin fini avec le nationalisme économique et la gestion chaotique et peu rationnelle des ressources qu'il avait toujours impliqué ! On nous asséné depuis plus de deux décennies que la libéralisation et la globalisation des économies avaient ouvert une nouvelle époque où les capitaux allaient se déplacer librement au-delà des frontières nationales et favoriser un usage plus efficace des ressources économiques afin de satisfaire les besoins des consommateurs. Durant cette période on n'a pas arrêté de critiquer et de traiter de ringard ces pays qui continuaient à défendre leurs économies et n'ouvrir leurs frontières qu'avec parcimonie. Particulièrement, le monde en développement était au cour des critiques et des reproches car certains pays continuaient à appuyer leurs entreprises nationales et les protégeaient de la compétition internationale. Alors on mettait à l'index ce protectionnisme et on lui imputait tous les maux des pays en développement. Inefficacité, mauvaise utilisation des ressources et des produits de mauvaise qualité sont le résultat de ce nationalisme économique mal placé. Et, puis ces consommateurs, devenus les héros des temps modernes, étaient insatisfaits et mécontents du fait de ces politiques publiques inspirés par un nationalisme d'un autre âge !

Le consensus était alors large et le nationalisme économique était devenu synonyme de gaspillage et d'inefficacité. Alors que la globalisation et l'ouverture des frontières rimaient avec efficience, bonheur et bien être des consommateurs. Certes, la globalisation a connu quelques griefs et des critiques de plus en plus fortes depuis quelques années avec la montée et l'élargissement du mouvement altermondialiste. Et, mêmes dans les cercles les plus fermés des économistes on faisait de plus en plus écho aux limites de la globalisation et à ses promesses non tenues d'un bonheur global et partagé par tous. Et, de plus en plus les politiques publiques cherchent à rectifier les effets néfastes de la globalisation notamment dans les domaines social, économique et de la protection de l'environnement.

Mais, jusque-là la fin du nationalisme économique était restée un mythe intouchable. On pouvait critiquer la globalisation mais il était difficile de formuler le moindre reproche à la sacro-sainte légende de l'entreprise apatride. Les capitaux n'ont toujours pas de frontières nationales et leurs mouvements ne répondaient jamais, continue t-on à nous dire, aux impératifs nationaux ou aux intérêts stratégiques des nations. Certes, on savait que certains dirigeants politiques et Chefs d'Etats étaient devenus depuis quelques années des VRP de luxe pour leurs entreprises nationales. Mais, on nous a expliqué que ce n'était là que des coups de pouce qui ne devaient en aucun cas remettre en cause le dogme de la fin du nationalisme économique et de l'ouverture d'un capitalisme sans frontières pour les entreprises nationales.

On était bercé par ses convictions et ses croyances depuis plus de deux décennies. Jusqu'au jour où on nous annoncé que le nationalisme économique n'était pas mort et que certains pays développés, notamment les pays de l'Union Européenne et les Etats-Unis champions il y a seulement quelques années dans la lutte contre le nationalisme économique, allaient mettre en place des législations nationales pour défendre leurs entreprises nationales face à des tentatives de contrôles de la part de firmes étrangères !

Rappelons les faits ! La France a vécu pendant de longues semaines et de manière passionnée le feuilleton de la tentative de prise de contrôle du géant indien de l'industrie sidérurgique Mittal Steel de l'entreprise française Arcelor ! Un choc duquel le monde des affaires français n'est toujours pas revenu ! Comment un fleuron de l'industrie française peut-il passer sous contrôle étranger et qui plus est d'une entreprise du Tiers-Monde ! Qu'est ce qu'on n'a pas dis sur l'homme d'affaires indien et ses manières douteuses et ses projets de démanteler l'industrie française ! Le même scénario s'est répété au même moment et mettant en scène les élus américains face à une autre entreprise du Tiers-Monde. Cette affaire a commencé en janvier dernier lorsque l'entreprise Emirati Dubaï Port World lance une offre de rachat amicale sur l'entreprise britannique P§O qui gère les six plus grands ports américains (New York, Newark, Philadelphie, Baltimore, Miami et la Nouvelle Orléans). Une annonce qui a fait l'effet d'une bombe outre-atlantique. Et, les défenseurs d'antan de la fin des frontières de s'émouvoir que les plus grands ports américains seront désormais gérés par une entreprise contrôlée par des bédouins. Après des semaines de controverses, la chambre des représentants a voté le 8 mars dernier une disposition interdisant cette opération !

Ainsi, le mythe de l'entreprise apatride et sans frontières semble avoir vécu et le nationalisme économique est de retour ! Seule fausse note dans cette partition est que nos pays ont vite cru au mythe de la fin du patriotisme économique et ont déjà cédé des pans entiers de nos économies aux entreprises étrangères !

 

 

Copyright ©2007