Lorsque la Banque Mondiale fait son mea-culpa!

Hakim Ben Hammouda.

La Banque Mondiale, fortement critiquée depuis quelques années pour les politiques qu'elle a préconisée durant les trois dernières décennies, vient de publier un important rapport. Intitulé « Economic Growth in the 1990s-Learning from decade of reform » (La croissance économique dans les années 90- Leçons d'une décennie de réformes), ce rapport est passé inaperçu par le large public. Pourtant, il suscite d'importants débats au sein de la communauté des économistes depuis sa publication par l'honorable institution il y a quelques semaines. En effet, plusieurs économistes et non des moindres ont participé à ce débat et plusieurs grandes revues académiques et scientifiques se sont faites l'écho de ces échanges. La question qui se pose est de comprendre les raisons de cet intérêt soudain à ce rapport de la Banque ? Une question d'autant plus importante que la Banque semblait retrouver sa quiétude après les années de critique et de remise en cause particulièrement lorsque le bouillonnant prix Nobel Joseph Stiglitz était son économiste en chef et son Vice-Président. On se rappellera de cette période de remue ménage où le consensus de Washington et les politiques néo-libérales de la décennie 80 étaient fortement critiquées par les nouveaux dirigeants de la Banque au début des années 90 et la lutte contre la pauvreté est devenue la plus importante préoccupation des politiques de développement. Depuis, Stiglitz est parti rejoindre les altermondialistes et la Banque Mondiale a repris le cours normal de ses activités.

Donc rien de neuf depuis cette période ! Du moins jusqu'à la publication de ce nouveau rapport. Alors quoi de neuf dans ce rapport pour susciter autant d'attention et de commentaires ? L'intérêt de ce document est qu'il examine de manière critique le mouvement de réformes des années 90 et qu'il ne s'embrasse pas de mettre en exergue les échecs. Il considère ainsi les résultats des différentes régions ayant appliqués des réformes pour constater que les résultats ont été en dessous des attentes. L'Afrique continue à enregistrer des niveaux de croissance faibles et la pauvreté ne cesse de croître sur le continent. La décennie 90 a été également une décennie « dramatique » pour les pays de l'Est et certains pays n'ont toujours pas retrouvé les chemins de la croissance. Pour les pays d'Amérique Latine les années 90 ont été celles des crises financières à répétition du fait de la libéralisation des marchés financiers et leur plus grande ouverture sur les marchés internationaux de capitaux. Mais, en même temps et en dépit des effets de la crise financière de 1997, les pays d'Asie du Sud et de l'Est ont enregistré d'importants niveaux de croissance et ont poursuivi les efforts spectaculaires en matière de développement qui ont en fait les puissances économiques de demain. Vous me direz que ces tendances sont connues par tous et vous ne voyez toujours pas l'intérêt de ce rapport ! Eh, bien pour la première fois la Banque reconnaît que ceux qui ont appliqué des politiques conventionnelles ont enregistré de piètres performances ! Comprenez derrière les artifices du langage académique ceux qui ont appliqué les réformes néo-libérales appuyées par la Banque. Alors que ceux qui sont sortis des sentiers battus et ont rompu avec les visions dominantes ont enregistré de meilleures performances. Mieux encore dans ses remarques introductives au rapport, Gobind Nankani, le Vice-Président de la Banque Mondiale pour l'Afrique, admet que ces résultats appellent à une plus grande humilité ! Un autre important message de ce rapport est l'appel à une plus grande diversité des stratégies afin de mieux prendre en considération les spécificités des pays en développement. Un message qui représente également une rupture majeure avec le passé ou le slogan « One size fits all » (la même politique pour tous les pays) était au cour des choix et des stratégies de la Banque.

Ainsi, ce rapport met les pratiques anciennes de la Banque Mondiale dans nos pays à rude épreuve. Il appelle de tous ces voux à une nouvelle réflexion sur les questions du développement ! Pourvu que cette nouvelle pensée se traduise par de nouvelles politiques et de nouvelles stratégies !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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