Foot, racisme et xénophobie!

Hakim Ben Hammouda.

Depuis quelques années les terrains de foot en Europe ont été envahis par une vague de xénophobie et de racisme contre les joueurs africains ou de couleur d'une manière générale. On se rappelle il y a quelques mois le joueur camerounais Samuel Eto Fils a décidé de quitter le terrain dans un match de la Liga espagnole après que les supporters de l'équipe adverse l'avaient hué tout au long du mach et s'étaient également mis à imiter les cris d'un singe à chaque fois qu'il touchait le ballon. Les mêmes incidents se sont reproduits un peu partout sur les stades européens durant les derniers mois. Par ailleurs, des joueurs comme Di Canio ne se cache plus en faisant le salut fasciste pour les supporters de la Lazio de Rome. Ainsi, comme une vague brune semble souffler sur les terrains de football européens qui se traduit par l'accroissement des manifestations racistes et xénophobes.

Cette vague de racisme et de rejet de l'autre n'est pas étrangère aux sociétés européennes et elle ne fait que traduire sur les terrains de foot des manifestations politiques et la montée de l'extrême droite raciste et xénophobe dans un grand nombre de pays européens. Rappelons que les analystes et les sociologues considèrent que le football était probablement le champ de l'activité humaine qui exprimait le mieux les espérances, les utopies, les malaises et parfois les dérives de sociétés. C'est ce qui explique probablement la grande popularité de ce sport. Le football a su cristalliser les passions collectives des peuples dans ce qu'elles ont de lumineux, d'éclatant et de sensible. Mais, ce sport a également porté les peurs, les inquiétudes et les dérives violentes et excessives des populations.

Ainsi, la joie et le bonheur, la violence et la brutalité sont étroitement liés à l'histoire récente du football. Si l'allégresse et l'enchantement sont souvent présents sur les terrains de foot et partagés par ces milliers de supporters qui se déplacent tous les dimanches parfois en famille voir leurs équipes préférées, la violence a connu différentes formes et s'est exprimée de manières différentes durant les quatre dernières décennies. Les premières formes de violence ont accompagné le nationalisme au pouvoir dans les années 60 et 70 et un grand nombre de matchs de football entre les pays d'Amérique Latine ou d'Afrique se sont terminé par des affrontements sanglants entre les supporters des différents pays. Cette violence exprimait parfois la compétition entre différents nationalismes au pouvoir et traduisait de manière excessive l'appartenance et le désir d'identification de la part des populations et des spectateurs à des Etats-nations encore en gestation.

Mais, cette violence s'est rapidement essoufflée avec la crise et la faillite de beaucoup de nationalismes au pouvoir et elle a laissé la place à une nouvelle forme de violence sur les stades dans les années 80 qu'on appelait le hooliganisme. Cette violence a eu ses faits d'armes dans les années 80 et jusqu'au milieu des années 90. Que l'on se rappelle le drame du stade du Heysel à Bruxelles entre les supporters de Liverpool et ceux de la Juventus quelques heures avant la début de la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions. En dépit de la soixantaine de morts ce jour là le match a eu lieu comme si rien n'était ! De même quelques mois après les hooligans vont de nouveau frapper sur le stade de Liverpool et laisser derrière leurs joutes macabres des dizaines de morts. A l'époque le phénomène du hooliganisme a été au centre de la violence particulièrement sur les stades anglais et le couvre feu est établi à chaque fois qu'une équipe anglaise se déplaçait sur un stade européen. Les hooligans étaient constitués par ces bandes de jeunes désouvrés qui subissaient de plein fouet le chômage et la crise du début des années 80. A l'époque la crise économique et les politiques de lutte contre l'inflation opérés dans la plupart des pays développés se sont traduites par une explosion du chômage et une grave crise dans les grandes villes particulièrement les vieux centres industriels en Angleterre comme Liverpool. Cette déstructuration et la désertification sociale ont été à l'origine de l'explosion de la violence urbaine et du phénomène du hooliganisme sur les stades de football.

Aujourd'hui la violence dans les stades de football prend de nouvelles formes et se manifeste à travers ces vagues de racisme et de xénophobie contre les joueurs de couleur. Ce racisme n'est pas sans rapport avec les crises politiques et le large désenchantement quant à la capacité des partis politiques de gauche comme de droite à répondre aux préoccupations des citoyens et à faire face au spectre du chômage. Cette crise du politique est à l'origine de la montée de l'extrême droite dans un grand nombre de pays européens où ses partis font de grandes percées électorales. En France lors des dernières élections présidentielles la candidat de l'extrême droite s'est même trouvé au second tour. L'incapacité des pouvoirs de lutter contre le chômage, les inquiétudes face à la globalisation et le déclassement de l'Etat-nation nourrissent les haines contre l'Autre et la montée de l'extrême droite et de la xénophobie qui s'exprime sans gênes et en toute impunité sur les stades de foot en Europe.

Certes, la mobilisation a commencé à s'organiser sur les stades pour chasser le danger brun des terrains de foot et en faire des lieux de communion et d'allégresse collective. Des associations, des clubs de foot et des personnalité se sont engagés dans ce combat contre la xénophobie et le racisme. Mais, les institutions internationales du football comme la FIFA ou l'UEFA, qui a interdit au club français de Nancy de porter des maillots avec des inscriptions anti-racistes dans une compétition européenne, doivent s'engager de manière ferme et résolue dans ce combat anti-raciste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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