En a t-on fini avec la dette du Tiers-Monde?

Hakim Ben Hammouda

La dette du Tiers-Monde a été au cour du débat économique et politique international depuis plus de deux décennies. En effet, les pays nouvellement indépendants se sont engagés dans un processus d'endettement dans les années 70 du siècle passé afin de financer leur processus de croissance et de développement économique. A l'époque, la hausse des prix du pétrole suite à la guerre de 1973 avait créé d'importantes réserves internationales que les grandes banques se sont empressées d'investir, notamment sous forme de prêts aux pays en développement, sans trop regarder sur la qualité des projets ou des investissements qui seraient financés par leurs apports. Ainsi, une grande partie de cet endettement a été utilisé pour financer des projets qui n'avaient aucune utilité économique.

Ce système de l'endettement international a pu fonctionner jusqu'à la fin des années 70. Mais, le changement de conjoncture internationale avec la hausse des taux d'intérêt et du dollar ont été à l'origine de l'éclatement de la bulle de la dette. Le Mexique a été le premier pays à annoncer son insolvabilité au début des années 80. C'était le point de départ de la crise de la dette qui a eu un effet tâche d'huile et s'est étendu à l'ensemble des pays du Tiers-Monde. Cette crise a plongé la planète dans une grande incertitude. Les grandes banques internationales largement engagées dans les pays du Tiers-Monde étaient au bord de la faillite. Les pays du Tiers-Monde fortement endettés se sont trouvés dans l'obligation de mettre en place des politiques libérales inspirées par ce qu'on a appelé à l'époque « le consensus de Washington », du nom des deux institutions de Washington, la Banque mondiale et le FMI qui étaient en charge de la gestion de cette crise. Ces politiques allaient mettre fin aux stratégies de développement et aux grands investissements publics pour recentrer le développement sur les stratégies de stabilisation macroéconomique.

Depuis le milieu des années 80 du siècle passé la question de la dette est au cour du débat politique et économique. Cette question a été portée par l'internationale citoyenne et les institutions de la société civile qui en ont fait la manifestation d'un système international injuste et inégalitaire. L'annulation de la dette du Tiers-Monde est devenue le grand leitmotiv du mouvement de la société civile de Rio à Bamako et du Caire à Hong Kong. Il faut dire que le paiement de la dette a été à l'origine de mouvement de transferts inverses des pays en développement vers les pays riches. Par ailleurs, les politiques d'ajustement ont été à l'origine d'un appauvrissement sans précédent des populations des pays en développement. Mais, la revendication de l'annulation de la dette a dépassé les cercles militants des mouvements de la société civile pour devenir également une exigence des pays et des gouvernements, notamment les pays africains où les sommets des Chefs d'Etats ont en fait un axe important de leurs revendications.

Mais, la communauté financière internationale a longuement ignoré cette revendication et a nié tout intérêt à l'annulation de la dette. La poursuite et le renforcement de la mobilisation de la société civile et l'incapacité des pays à payer le service de la dette ont amené les pays développés et les institutions financières internationales à envisager dès le milieu des années 90 des stratégies d'allègement. Une réponse frileuse et timide à une revendication qui ne cessait de grandir et de rassembler de plus en plus de monde. Cette mobilisation serait à l'origine du développement de nouvelles propositions dont l'initiative pour les pays pauvres fortement endettés.

Mais, c'est le dernier Sommet du G8 à Gleneagles en juillet dernier qui a effectué le pas le plus important en annonçant l'annulation pure et simple de 40 milliards de dollars de dette pour 18 pays dont 15 pays africains envers la Banque mondiale, le FMI et la Banque africaine de développement. En même temps, les pays développés se sont engagés à apporter l'équivalent de ces annulations à ces institutions afin de leur permettre de poursuivre leurs efforts en matière de financement du développement.

Ainsi, la situation a largement changé sur la question de la dette et la communauté internationale semble avoir intériorisé le principe de son non-paiement. En a-t-on pour autant fini avec la dette du Tiers-Monde ? Certes, ces développements constituent des pas positifs. Mais, les questions de la dette et de son remboursement restent une question cruciale pour les autres pays en développement qui n'ont pas bénéficié de ces mesures d'annulation. Par ailleurs, ces annulations sont insuffisantes et les pays en développement exigent un accroissement de l'aide qui doit passer de 50 à 100 milliards de dollars afin de réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015. Par ailleurs, il faut noter que certains pays ont cherché à bénéficier de la solvabilité retrouvée de ces pays pour les engager dans de nouveaux processus d'endettement. Enfin, il faut noter que ces pays ont du mal à mettre en place des dynamiques de croissance fortes et capables de répondre aux besoins sociaux et d'améliorer leur insertion internationale.

Ainsi, en dépit de l'annulation de la dette, la question du développement et de la formulation de nouvelles visions et de nouveaux projets collectifs dans le monde en développement reste entière !

 

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