Comment mettre la globalisation au service du développement?

Hakim Ben Hammouda.

La globalisation a fait l'objet depuis quelques années d'importantes critiques de la part des pays en développement comme de l'internationale citoyenne. Il ne se passe pas une grande rencontre internationale, un Sommet du G 8, une Conférence de l'OMC, de la Banque Mondiale ou du FMI sans que les organisations de la société civile n'organisent une rencontre internationale pour dénoncer les effets de la globalisation. Cette tradition de critique et de contestation de la globalisation a par la suite trouvée dans le Sommet Social, organisé à Porte Alegre pour ses trois premières éditions et décentralisé depuis quelques années pour assurer une plus grande participation, un lieu idéal d'échanges, de débats et d'élaboration des alternatives quant à l'avenir de la globalisation et des meilleurs moyens de la mettre au service du développement.

Cette contestation de la globalisation ne s'est pas limitée aux NGO. Mais, elle a trouvé des échos dans les institutions internationales. Ainsi, par exemple, le Bureau International du Travail, dont le siège est à Genève, avait mis en place une importante Commission composée d'éminentes personnalités pour réfléchir sur la globalisation. Dans son rapport, cette Commission avait souligné les limites de la globalisation indiquant que « ses avantages sont lointains pour beaucoup de gens, tandis que ses risques, eux, sont bien réels. Son caractère volatil est une menace aussi bien pour les riches que pour les pauvres. D'immenses richesses sont créées mais les problèmes fondamentaux que sont la pauvreté, l'exclusion et les inégalités persistent ».

Ainsi, un large consensus s'est opéré depuis plusieurs années sur l'importance d'opérer les changements nécessaires afin de mettre la globalisation au service du développement et pour qu'elle puisse servir les intérêts des pays pauvres. La Déclaration de la Conférence Ministérielle de l'OMC qui s'est tenue à Doha s'est inscrite dans ce cadre. Le cycle de négociation commerciales internationales ouvert à partir de cette date avait pour objectif de corriger les inégalités du système commercial multilatéral et de prendre en considération les intérêts des pays en développement.

Cette Déclaration a suscité un immense espoir de la part du monde en développement. Enfin, les paysans pauvres auront droit à la parole et pourront voir leurs conditions s'améliorer ! Mais, un espoir et une attente rapidement déçus par le déroulement des négociations commerciales au sein de l'OMC. Depuis, le lancement de ce cycle, le décalage n'a jamais été aussi important entre les engagements politiques en faveur du développement et les propositions concrètes. Un décalage qui a été à l'origine de l'échec de Cancun et des faibles progrès réalisés depuis !

Le doute a ainsi remplacé l'espoir et la conviction que ce Round de négociation allait corriger les déséquilibres du système commercial mondial. Ce doute est confirmé par les études récentes de la Banque Mondiale, de la CNUCED ou de la Commission Economique des Nations pour l'Afrique. Ces études revoient à la baisse les prévisions des bénéfices de ce cycle de négociation. Les estimations de la Banque Mondiale pour les bénéfices de l'économie mondiale sont passées de 832 milliards de $ en 2003 à 287 milliards en 2005. Les bénéfices du monde en développement ont été également revus à la baisse par les différentes études et sont passés de 539 à 90 milliards de $ durant la même période. Mais, le plus surprenant c'est que les ressortissants des pays développés tireront un bénéfice plus important que ceux du monde en développement. Les études récentes de la Banque Mondiale montrent qu'un ressortissant d'un pays développé gagnera 79$ de ce cycle de négociation alors qu'un paysan pauvre du Mali ou du Burkina Faso n'empochera qu'un peu plus de 3$. Ainsi, le cycle de Doha qui devait rééquilibrer le commerce international et prendre en considération les intérêts des pays en développement ne fera alors que renforcer les inégalités entre le Nord et le Sud.

La question reste alors entière ! Cependant, les pays asiatiques ont apporté quelques éléments de réponse à cette interrogation. Et probablement un des meilleurs moyens de tirer profit de la globalisation est de construire des économies dynamiques, de doter les citoyens d'un bon niveau d'éducation et de formation et de favoriser une plus grande participation politique !


 

Copyright ©2007