Attention, les Arabes sont de retour!

Hakim Ben Hammouda

Une nouvelle génération d'investisseurs arabes est entrain d'arriver sur les marchés internationaux et surtout les marchés des pays émergents. De la Tunisie au Maroc, de l'Egypte au Moyen Orient en passant par les marchés asiatiques dont la Thaïlande, l'Indonésie ou la Corée, les capitaux arabes ne cessent d'arriver en force. On les retrouve également sur les marchés des pays développés et de Londres à Paris en passant par New York et Francfort, ils sont derrières les grandes offres publiques d'achat et le dynamisme retrouvé des marchés financiers internationaux. Ils ont pour nom Three Delta, Dubaï International, Abraj Capital Investment Dar, Arcapita ou Investment Dar Kuwait, ils représentent une nouvelle génération d'investisseurs qui fait peur à tous les acteurs internationaux qui étaient habitués à des cheikhs qui dépensaient sans compter et qui étaient peu habitués aux arcanes et à la complexité des marchés financiers et laissaient faire par conséquent leurs banquiers européens ou américains. Les nouveaux investisseurs arabes ont été formés dans les écoles les prestigieuses et font preuve d'une grande expérience et parfois d'une grande agressivité dans la défense de leurs intérêts. Fini le temps des cheiks embourbés dans leurs habits traditionnels et entourés de leurs harems dans leur déplacement et qui rappellent à merveille à l'Occident la caricature de l'Orient éternel enfermé dans ses mythes et ses légendes d'antan. Désormais, la nouvelle génération d'investisseurs, tirés à quatre épingles chez les plus grands couturiers européens, offre l'image d'un oriental qui s'est libéré de l'univers des Mille et une nuits et qui se donne un malin plaisir à allier rigueur et efficacité pour faire régner la terreur sur les marchés internationaux qui les prenaient pour des néophytes jusqu'à récemment.

Le retour des capitaux arabes fait l'objet d'une plus grande attention du fait de leur ampleur qui a atteint des niveaux sans précédents et dépasse de loin les mouvements en cours dans les années 70 suite aux premiers chocs pétroliers. On estime que les réserves des pays du Golfe ne feront qu'augmenter au cours des prochaines années. Même si les cours de l'or noir ont baissé sur les marchés internationaux ces dernières années on estime que les pays exportateurs de pétrole de la région du Golfe gagneront près de 8 milliards de $ par an et disposeront d'un trésor de guerre de 1200 milliards de d$ au cours des cinq prochaines années. Or, en dépit de l'effervescence en matière d'investissements dans la région notamment dans le tourisme, le bâtiment et les infrastructures, on estime que ces pays ne pourront absorber que le quart des capitaux à leur disposition et qu'ils disposeront de près de 900 milliards de $ à investir à l'étranger lors des cinq prochaines années. Ainsi, il va falloir composer avec cette nouvelle génération d'investisseurs avides d'efficacité et de fermeté et oublier leurs prédécesseurs qui dépensaient sans compter et avaient fait les beaux jours de certains requins de la finance internationale.

Comment expliquer ce déferlement de capitaux arabes sur les marchés financiers et plus particulièrement sur les marchés des pays émergents ? Bien évidemment la hausse des prix du pétrole est passé par là et a contribué à la formation de ces excédents immenses de capitaux en quête de placement et d'investissements. Mais, il faut aussi souligner un changement d'attitude dans la stratégie de ces investisseurs qui par le passé privilégiaient les places boursières des pays développés et plus particulièrement la bourse de New York. Or, depuis les attentats de septembre 2001 et la vague de racisme anti-arabe, les investisseurs arabes se sont tournés vers d'autres marchés et plus particulièrement ceux des pays émergents. Ce changement de stratégie a été renforcé par les tracasseries et les craintes suscitées par les « class actions » ou les recours collectifs.

Ce nouveau contexte international est à l'origine de l'apparition de ces nouveaux acteurs arabes qui parcourent les marchés financiers. L'ensemble des observateurs reconnaissent que cette nouvelle génération se distingue fortement de ses précédentes. En effet, fini les cheikhs des années 70 qui dépensaient sans compter et avait donné une carte blanche à des agents qui avaient parfois construit des fortunes du fait de l'ignorance de leurs clients ! Fini aussi le temps des aventuriers et des solitaires des années 80 et 90 comme le Prince Al Walid qui avaient fait du secteur du luxe et des investissements de prestige le centre de leurs stratégies ! Les nouveaux acteurs de la finance arabe disposent de stratégies industrielles plus cohérentes et sont en quête de retour sur investissements plus élevés. Par ailleurs, et contrairement aux générations précédentes d'investisseurs, ils cherchent la discrétion et évitent d'étaler leurs frasques dans les médias people !

Les Arabes sont de retour sur les marchés financiers avec une nouvelle génération d'investisseurs discrets mais efficaces. Espérons qu'ils contribueront au renforcement des pays émergents dans l'économie mondiale et qu'ils privilégieront les nouveaux secteurs à fort potentiel technologique qui sont au cour de la nouvelle économie post-moderne qui se dessine devant nos yeux.

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