L'Aide sauvera t-elle l'Afrique ?

Hakim Ben Hammouda.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et l'émergence de la toute jeune économie du développement, l'aide a été considérée comme un élément essentiel dans les politiques de développement. L'argument essentiel derrière cette proposition est la faible dotation de ressources des pays nouvellement indépendants. Cet apport externe de ressources était considéré comme nécessaire pour relancer les investissements et l'accumulation dans la plupart des pays afin de les aider à sortir de la trappe de la pauvreté. Mais, avec le temps et l'amorce du développement le recours à l'aide devient moins urgent et les pays en développement pourraient compter sur leurs ressources propres pour entretenir l'investissement et les dynamiques de croissance. Et, ce schéma a plutôt bien fonctionné à en juger par les performances de certains pays en développement ! Ainsi, la plupart des pays asiatiques ont bénéficié de l'appui des pays développés à la fin de la guerre. La Corée est la plus importante illustration de ce raisonnement théorique. Sorti à l'agonie d'une des premiers affrontements de la guerre froide et qui a réussi à diviser le pays entre le Nord et le Sud, la Corée du Sud a bénéficié de toutes formes d'appuis de la part de l'allié américain. De l'aide financière directe, à l'ouverture du marché américain pour les exportations des entreprises américaines et à la participation des entreprises coréennes dans les grands chantiers des entreprises américaines notamment lors de la guerre du Vietnam, la Corée du Sud a été un des pays les plus aidés au monde à la Fin des années 50 et jusqu'au début des années 70. Mais, cette aide s'est progressivement effacée au fur et à mesure que l'effort national de développement s'est renforcé et que les coréens ont été en mesure de prendre leur destin en main. Depuis, la Corée est devenue une puissance industrielle qui a rejoint le club fermé des pays développés de l'OCDE et elle est devenu un contributeur à l'aide internationale pour les autres pays développement.

Ce schéma a également bien fonctionné pour la plupart des pays asiatiques qui ont pu, en dehors de quelques exceptions, s'en passer de l'aide internationale pour baser leur développement sur leur ressources internes et devenir pour certains une source d'aide. L'aide a favorisé le décollage de beaucoup de pays à l'exception des pays africains qui continuent à dépendre fortement de l'appui des bailleurs de fonds internationaux. Une situation d'autant plus paradoxale qu'on ne cesse de ressasser que la Corée avait le même niveau de développement que le Ghana, la Côte d'Ivoire et d'autres pays africains au début des années 60. Au même moment où la Corée du Sud est devenue une puissance industrielle, les pays africains continuent à dépendre fortement de l'aide. Pour certains d'entre eux, la situation est plus qu'alarmante dans la mesure où le budget de fonctionnement de leurs Etats dépend des contributions des pays donateurs. Combien de fois n'a-t-on pas entendu que les salaires des fonctionnaires de tel pays étaient payés par les bailleurs de fonds ? Combien de fois n'a-t-on pas attendu le versement de l'aide pour régler certaines de dépenses urgentes de tel autre pays ?

L'histoire de l'aide en Afrique n'est pas celle d'un succès ! L'appui international n'a pas été en mesure d'aider les pays africains dans leur décollage. Ce constat a été à l'origine de controverses et de débats sur le rôle de l'aide en Afrique. Dans les années 70, les économistes tiers-mondistes avaient insisté sur le fait que l'aide ne faisait qu'accroître la dépendance des pays africains vis-à-vis des anciennes métropoles coloniales. Cette aide était dans la plupart des cas liée et ce sont les pays donateurs qui en profitent en assurant des emplois à leurs ressortissants comme experts ou des marchés pour leurs entreprises. Le débat sur l'aide est revenu sur la scène au début des années 9O suite aux faibles résultats des réformes appliquées avec l'appui de la Banque Mondiale et du FMI dans la plupart des pays africains. Mais, cette fois ce sont les pays développés qui ont commencé à se plaindre du faible impact de leur aide. Une atmosphère morose d'aide fatigue s'est alors installée et qui s'est traduite par une forte baisse des montants d'aide à destination des pays africains.

Mais, l'aide est revenue au devant de la scène au tournant du siècle et particulièrement avec le Sommet du Millénium. Le rapport produit par Jeffrey Sachs recommande une augmentation rapide de l'aide afin de permettre aux pays pauvres d'atteindre les objectifs du Millénium et de réduire la pauvreté de moitié à l'horizon 2015. Cette recommandation semblait faire l'objet d'un large consensus particulièrement de la part des pays donateurs qui se sont engagés à accroître leur aide. Mais, ce consensus vient d'être à nouveau rompu avec le violent réquisitoire du bouillant économiste américain William Easterly avec son ouvrage intitulé « Le fardeau de l'homme blanc » qui constitue une attaque en règle contre l'aide.

L'aide a fait l'objet depuis quelques années d'importantes controverses. Certes, un consensus persiste sur l'importance de l'aide dans le développement. Mais, plus important que l'aide ce sont les efforts internes et les ressources locales que les pays doivent mobiliser pour démarrer leur développement.

 

 

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