L'Afrique en 2006 : Peut mieux faire!

Hakim Ben Hammouda.

La Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique vient de publier son rapport économique annuel sur les performances du continent en 2006. Ce document est important dans la mesure où, publié pour la première fois en collaboration avec la Commission de l'Union africaine, donne une perspective africaine sur les résultats économiques des différents pays africains. Par ailleurs, il est le premier rapport à être publié cette année sur les économies africaines et ouvrira le débat qui ne tardera pas à être lancée sur les choix économiques de l'Afrique et qui connaîtra son apogée lors du prochain Sommet du G8 qui consacrera une session spéciale à l'Afrique dans une tradition ouverte depuis la rencontre organisée par le Canada à Kannaskis.

Alors quels sont les enseignements de ce rapport ? La première nouvelle est que l'Afrique continue à enregistrer de bonnes performances et la croissance a été de 5,7% en 2006 et en amélioration par rapport aux résultats des années précédentes. Cette progression trouve son explication dans l'amélioration de la gestion des politiques publiques et dans une forte demande mondiale pour les produits africains de matières premières. Mais, ce rapport indique que la croissance est inégalement répartie sur le continent. En effet, si l'Afrique du Nord continue à enregistrer un niveau de croissance relativement élevé et qui se situe autour de 6,6%, les performances de l'Afrique de l'Ouest du fait de la crise et de l'instabilité qui règnent encore en Côte d'Ivoire a régressé par rapport aux années précédentes et se situe autour de 4,2%. Les résultats de l'Afrique Centrale se sont améliorées du fait des cours élevés du pétrole. En même temps les performances de l'Afrique Australe et de l'Est sont en dessous de celles enregistrées les années précédentes. Le Rapport mentionne également d'autres bonnes nouvelles pour l'Afrique en 2006 et notamment l'annulation de la dette qui aura des effets positifs sur les investissements publics et les dépenses sociales. Il souligne aussi l'engagement des pays développés à accroître l'aide au développement pour les pays africains. Mais, surtout le Rapport de la CEA met l'accent sur la nette amélioration de la situation politique et surtout la baisse des conflits qui ont joué un rôle positif dans le renforcement de la croissance et l'affermissement des perspectives de développement.

Mais, le plus important constat de ce rapport est que ses performances sont encore faibles et ne permettront pas à l'Afrique de réduire de manière durable la pauvreté. Depuis quelques années la CEA avait souligné que l'Afrique devait réaliser des performances de croissance annuelles autour de 7% afin d'atteindre les objectifs du millénium en matière de développement social et humain. Depuis ce chiffre a été repris par toutes les institutions internationales et il est devenu le référent dans l'évaluation des performances du continent. Or, les résultats du continent n'ont jamais dépassé cette moyenne de croissance et le Rapport indique que seulement 5 pays africains ont réalisé en moyenne annuelle un taux de croissance supérieur à 7% durant la période 1998-2006. Pour la majorité des pays africains, soit 25 pays, la croissance s'est située entre 3 et 5% durant la même période et donc nettement en dessous des attentes.

Comment expliquer ces résultats et surtout comment faire pour que l'Afrique puisse s'engager durablement sur la voie du développement et de la lutte contre la pauvreté ? Sans apporter de réponses toutes faites à ces questions, le rapport suggère quelques pistes de réflexion. Il indique que les politiques publiques et les stratégies de développement du continent sont restées longtemps prisonnières des grands équilibres macroéconomiques et de la lutte contre les déficits et ont par conséquent marginalisé les activités productives. Ainsi, les politiques sectorielles, dont la politique industrielle, ont été sacrifiées au profit de la sacro-sainte gestion macroéconomique.

Le rapport s'est ainsi intéressé dans sa partie thématique à la question de la diversification et a dressé un tableau historique sur l'évolution des structures économiques des pays africains. Cette analyse historique lui a permis de distinguer cinq régimes de diversification. Plus important ce rapport indique que le continent a enregistré un important recul en matière de diversification entre les années 70 où la réduction de la dépendance vis-à-vis du modèle rentier hérité de la période coloniale était au cour des stratégies de développement et les années 80 où la lutte contre les déficits et les déséquilibres macroéconomiques est devenue le pilier des Programmes d'Ajustement et du consensus de Washington en vogue à l'époque. Ce recul de la diversification est un des éléments d'explication, selon le Rapport, des faibles performances du continent et surtout de la marginalisation de l'Afrique sur les marchés internationaux.

Le rapport économique sur l'Afrique recommande un changement de cap et la définition de nouvelles stratégies de croissance capables de répondre aux besoins du continent et d'engager le continent sur la voie durable de la croissance et du développement.

 

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